Accro aux jeux : comment s’en sortir ?

Demeurant en général « récréative » ou « sociale », la pratique des jeux de hasard et d’argent  est une habitude très fréquente en France.

Elle ne pose aucun problème tant qu’elle ne devient pas« excessive », stade précédant le jeu pathologique caractérisé par une pratique « inadaptée, persistante et répétée qui perturbe l’épanouissement personnel, familial et professionnel »**.

En France, le nombre de joueurs excessifs avérés atteindrait 200 000 soit 0,4% de la population. Cependant, 10% des personnes fréquentant régulièrement des salles de jeu pourraient être assimilés à des joueurs excessifs et 2% des adultes pourraient souffrir d’une véritable dépendance.

Pourtant, tout commence le plus souvent de façon banale, comme le raconte très bien Stéphane*.

Au début, il s’agissait d’un divertissement, d’une pratique occasionnelle qui n’empiétait pas sur ses investissements affectifs et sociaux habituels.

Néanmoins, il vient consulter aujourd’hui pour ce qui est progressivement devenu une nécessité et non plus un loisir. 

Il ne joue plus pour gagner, encore moins pour le plaisir. Il joue comme l’alcoolique boit :  par un besoin insatiable qu’il ne peut pas contrôler bien qu’il en redoute les effets négatifs.

Il sait que sa situation financière est devenue inquiétante et qu’il met sa famille dans une position délicate.

Son humeur se dégrade de plus en plus, il dort mal et ne pense plus qu’à ses prochaines excursions au casino de la ville. Lui qui était très attentif à sa famille ne se soucie guère plus de l’inquiétude de sa femme et de ses enfants adolescents qui assistent, impuissants, à sa progressive descente aux enfers.

Stéphane a 45 ans. Il est marié depuis une vingtaine d’années et occupe un poste à responsabilité dans une banque. Il aime avoir de nombreuses activités, si possible à risque (par exemple pousser sa moto à fond) et a toujours adoré les sports intenses qui lui donnent des sensations fortes et l’impression qu’il y a toujours une limite qu’il n’a pas encore atteinte mais qu’il va pouvoir enfin trouver.

Il n’y a pas de troubles de l’humeur dans sa famille d’origine mais lui-même a été traité pour une dépression sévère à l’occasion d’une rupture à l’âge de 20 ans.

Il a abusé du cannabis pendant l’adolescence et consommé de la cocaïne au début de sa vie professionnelle sans reconnaître qu’il ne s’agissait plus d’un usage festif mais d’une recherche de sensations et d’un besoin de dépasser ses limites.

On peut imaginer que le jeu pathologique représente pour lui une façon de fuir une angoisse existentielle toujours présente, et d’oublier, un temps, qu’il n’est qu’un être humain.

Il est intéressant, à ce propos, de noter que les zones du cerveau activées lors de la pratique d’un jeu d’argent sont les mêmes que celles qu’activent des drogues euphorisantes comme la cocaïne.

L’activité des neurones dopaminergiques (également stimulés par la cocaïne) augmente avec les sensations d’effervescence et l’importance de la part de hasard.

Let`s play a game -Dice in mid air! Let the game begin

Que faire ?

Prendre en charge Stéphane le plus rapidement possible de façon à ne pas le laisser s’enfoncer dans les conséquences médico-légales dramatiques du jeu pathologique.

Plus de 95% des familles se retrouvent endettées.  Les relations de couple se dégradent et le jeu pathologique serait à l’origine de 15% des divorces ou des séparations.

Types de prises en charge possible avec l’accompagnement d’un psychiatre :

  • Rechercher chez Stéphane – qui a donc déjà fait un épisode dépressif – des symptômes pouvant faire craindre un épisode psychiatrique, en particulier un autre épisode dépressif et/ou l’utilisation de produits dopants (qui favorisent, outre des effets négatifs propres, les troubles de l’humeur).
  • Essayer d’aider Stéphane à mettre des mots sur son addiction et à passer ainsi du monde des sensations à celui des représentations
  • Organisation d’une prise en charge cognitive ou d’une thérapie de groupe qui peut inclure le conjoint si celui-ci est d’accord et suffisamment bienveillant.
  • Eviter les situations à risque, développer d’autres activités.
  • Ne pas oublier les « petits moyens » : si l’envie de jouer surgit, ne pas négliger les effets bénéfiques d’une discussion avec un ami non addict qui peut suffire à faire retomber l’impulsion de jouer ; réduire drastiquement, au moins temporairement, les relations avec d’autres personnes addict au jeu.
  • Envisager pour plus tard de se faire accompagner pour aller au Casino ; n’emporter qu’une petite somme d’argent sans CB ; éviter la consommation de produits euphorisants qui brouillent le jugement ; faire en sorte qu’une personne de confiance vienne vous rechercher à une heure précise.

A-M L


*Le prénom Stéphane est évidemment fictif.

**Source complémentaire : ouvrage « Ces dépendances qui nous gouvernent : comment s’en libérer? » Du Docteur William Lowenstein.