Peur de l’avion : comment voyager autrement ?

Caroline* est une femme d’une cinquantaine d’années qui vient consulter pour savoir si je peux l’aider à vaincre sa crainte de l’avion : sa fille se marie dans 3 mois à Hong Kong où elle est installée depuis 2 ans.

Caroline a toujours eu peur de prendre l’avion mais arrivait à se forcer jusqu’au crash du vol 447 faisant la jonction Rio – Paris début juin 2009. Actuellement, le simple fait de penser à l’avion ou de s’imaginer dans un aéroport suffit à la mettre dans un état d’anxiété très pénible.

Elle a un poste important dans un grand laboratoire pharmaceutique et un collègue qu’elle appréciait beaucoup a trouvé la mort dans le crash du vol 447.

Cet accident a donné un sentiment de réalité à ses craintes car « si ça lui est arrivé à lui, c’est que ça peut arriver à tout le monde ».

Quand elle est dans un avion, elle sait qu’elle ne maîtrise plus rien. Le crash volontaire du pilote de Germanwings en 2015 dans le sud-est de la France a rendu totalement insupportable cette absence de maîtrise.

Elle a déjà pensé à prendre de l’alcool et des tranquillisants mais sait que, à moins de perdre totalement conscience, elle risque quand même de hurler pour sortir lorsque l’on fermera les portes.

Son mari, qui l’accompagne, semble compréhensif et bienveillant mais totalement dépassé par l’attitude irrationnelle de sa femme et très désireux d’aller avec elle au mariage de leur fille.

Junge Frau denkt an Flugzeug

Que dire ?

Je rechercherai d’abord des éléments dépressifs susceptibles d’aggraver la phobie de Caroline.

Cette recherche sera vaine, même si elle est triste de l’ampleur que prend sa phobie et de sa crainte de ne pouvoir se rendre au mariage de sa fille.

Je rechercherai également d’autres situations phobogènes, l’existence d’une seule phobie spécifique étant assez rare.

Je ne trouverai qu’un sentiment de vertige lorsqu’elle doit prendre un ascenseur qui va vite et haut.

Elle se souvient, qu’enfant, il y avait un ascenseur dans l’immeuble de sa grand-mère qui n’avait pas de toit. Sa grand-mère habitait au 6ème et dernier étage et quand elle allait la voir, elle regardait toujours vers le haut, terrifiée à l’idée que l’ascenseur pourrait ne jamais s’arrêter et s’écraser contre le plafond.

Caroline présente donc une phobie spécifique de l’avion et, à un moindre degré, une phobie spécifique des ascenseurs.

Notons que dans les deux cas, il s’agit de situations sur lesquelles elle n’a aucun contrôle. D’autres situations phobogènes, telles que parler en public, ne l’impressionnent pas car elle se sent alors avoir une maîtrise sur la situation : il dépend d’elle de communiquer clairement et de faire passer des messages convaincants ou non.

Je rechercherai aussi l’existence d’autres troubles psychiques associés tels que les troubles dépressifs déjà cités, d’autres troubles anxieux, une addiction à l’alcool ou à d’autres substances ou encore des troubles de la personnalité.

Cependant, je ne trouverai aucun antécédent personnel ou familial  de trouble psychique si ce n’est sa propension à consommer de l’alcool en excès comme le faisait son père, ce qui a failli aboutir au divorce de ses parents. Il faudra donc approfondir la fonction de l’alcool chez elle et voir s’il n’est pas à l’origine de problèmes dans certains domaines de sa vie.

Que faire ?

Nous avons peu de temps pour agir avant le mariage de la fille de Caroline.

Je lui conseillerai plusieurs choses :

>  Avant le vol, des séances de relaxation pour apprendre des exercices de respiration par le ventre et de détente musculaire qu’elle pourra faire régulièrement avant de prendre l’avion.

> Un stage anti-stress d’Air France qui se déroule sur une journée pendant laquelle elle pourra participer à différents ateliers visant à apprivoiser le voyage en avion grâce, en particulier, à une séance en simulateur de vol. Pour s’inscrire, on peut prendre contact avec Air France par mail (mailantistress@airfrance.fr). Au cœur de cette formation, le passage en simulateur de vol lui permettra de voir les réactions du pilote confronté à une série d’avaries et d’imprévus. Ce stage permet de rencontrer le personnel navigant et, en discutant avec lui, de comprendre que l’avion est sans conteste le moyen de transport le plus sûr. On repart avec différents outils et la ligne directe d’un(e) psychologue que l’on peut appeler avant de reprendre l’avion.

>  Pendant le vol, ne pas hésiter à mettre au courant stewards et hôtesses de ses difficultés et se distraire au mieux.

Je lui conseillerai également la prise d’antidépresseurs sérotoninergiques utilisés à faible dose pour lutter contre l’anxiété.

En fonction des résultats obtenus avec ces premières actions, nous prévoiront, ou non, une thérapie comportementale à son retour.

A-M L


*Le prénom Caroline est évidemment fictif.