Addiction avec produits : du sevrage à la réflexion approfondie.

Frédéric*, 30 ans, a fait une grande école de Commerce après avoir toujours brillamment réussi dans ses études. Il occupe depuis maintenant 3 ans un poste qui l’intéresse beaucoup et est très apprécié par sa hiérarchie. Il vit donc dans un monde professionnel dans lequel la recherche de performance est primordiale et le stress omniprésent.

Pourtant, derrière cette façade idyllique, se cache une réalité beaucoup plus sombre.

Dernier d’une fratrie de quatre, il a deux soeurs et un frère et vient d’un milieu familial relativement modeste: père technicien et mère auxiliaire de vie pour personnes âgées qui ne s’est mise à travailler qu’une fois ses enfants élevés.

La réussite scolaire et professionnelle a toujours été un souci majeur pour ses parents.

Le seul à ne pas avoir accepté de s’y soumettre est son frère qui, depuis l’adolescence, est d’une grande instabilité, allant parfois jusqu’à avoir à faire à la police. Malgré de nombreux conflits familiaux, ce frère est aussi le seul à continuer à vivre chez ses parents.

Ses deux soeurs, elles, sont mariées, ont déjà plusieurs enfants et mènent une vie sans histoire avec leurs conjoints.

Frédéric m’explique qu’il est homosexuel, en couple depuis 3 ans, sans avoir jamais pu le dire à ses parents. Son conjoint a une dizaine d’années de plus que lui et il se sent très soulagé de pouvoir s’appuyer sur lui et profiter de son expérience quand il en ressent le besoin. Toutefois, la stabilité de leur couple se trouve mise à mal depuis quelque temps. En effet, Frédéric a commencé à fréquenter un groupe d’amis et a fait connaissance avec  la cocaïne. Ses prises, d’abord très épisodiques, se sont rapprochées et, surtout, il s’est rendu compte qu’il commençait à avoir des envies irrésistibles d’en prendre  pour fuir le stress, ne pas penser à ce qui pouvait être source d’angoisse etc.

Son conjoint est contre et il sent qu’il met leur couple en danger.

Addiction Freedom

Que dire à Frédéric ?

Tout d’abord, ne pas nier les difficultés du sevrage sans pour autant être décourageante.

La cocaïne est un produit très addictogène. Il est difficile d’arriver à s’en défaire et de renoncer au sentiment d’être tout-puissant qu’elle entraine. Difficile aussi de ne pas en reprendre quand son absence entraîne un sentiment de dépression qui paraît si facile à effacer par une nouvelle prise…

Deuxièmement, lui expliquer qu’il peut être préférable pour lui d’attaquer le problème de différentes façons :

  • par un suivi en service d’addictologie pour l’aider dans le sevrage qu’il souhaite mais dont il redoute les effets sur son humeur,
  • par une psychothérapie cognitivo-comportementale visant à intégrer des stratégies de coping (stratégies permettant d’appréhender le facteur de stress) pour vaincre les moments de craving (moments d’envie impérieuse),

– par une psychothérapie psychodynamique à la recherche d’une meilleure compréhension de ses comportements, d’un développement de ses capacités à se représenter ce qu’il éprouve et à mettre des mots dessus.

Que faire ?

Tout d’abord, le guider vers un service d’addictologie susceptible de le recevoir dans un délai raisonnable et prendre contact avec ce service pour organiser une prise en charge multifocale.

Pendant la période de sevrage, la prescription médicamenteuse d’un anxiolytique est souvent nécessaire en raison de l’alternance des périodes de ralentissement et de tristesse et des périodes d’envie très anxiogènes de reconsommer (craving) de la cocaïne.

Dans la durée, la mise en place d’une thérapie cognitivo-comportementale peut ensuite aider dans la gestion de ces mêmes moments de craving (qui peuvent durer des années…) en proposant des stratégies de coping pour lutter contre les envies irrépressibles de consommer de la cocaïne. Il peut s’agir de l’apprentissage de techniques aidant à se calmer comme aller courir ou faire des exercices de relaxation. Citons également l’évitement des situations à risque par le changement de relations et d’habitudes de vie…

Une intervention éducative brève, visant à informer des conséquences d’une utilisation prolongée de cocaïne sur la santé globale ainsi que des effets cardiaques et neurologiques de son utilisation au long cours, peut aussi avoir des effets positifs non négligeables.

Ces différents modes d’intervention peuvent être associés à une thérapie psychodynamique. Elle visera à accompagner Frédéric dans une réflexion approfondie sur les aspects paradoxaux de certains de ses comportements. Par exemple, sur ses difficultés à supporter une «bonne» dépendance à son compagnon et à s’appuyer sur celui-ci au lieu de rechercher un mauvais remède au stress à travers la prise de drogue.

Nous pourrons aussi réfléchir avec lui à son impossibilité à décevoir ses parents dont l’une des facettes est son incapacité à leur avouer son homosexualité. Pourquoi n’arrive-t-il pas à l’assumer en face de ses parents ? Comment peut-il comprendre et dépasser sa culpabilité et sa crainte de les décevoir ? Comment se dégager du stress permanent d’être rejeté s’il n’est pas «parfait» et de la crainte de cesser d’être aimé qui le poursuit ?

A-M L


*Le prénom Frédéric est évidemment fictif.