Comment retrouver une érection qui tienne ?

Franck* a 50 ans et vient consulter pour des troubles de l’érection, qu’il ne supporte plus. Apparus il y a environ 6 mois, Ils ont été précédés d’une période sexuellement très active et plutôt tumultueuse qui a suivi une rupture difficile. En effet, il s’est séparé de la femme avec qui il partageait sa vie depuis 15 ans et dont il a eu 2 garçons actuellement âgés de 10 et 13 ans.

Depuis, il a rencontré Claire*, âgée de 30 ans, dont il est tombé «fou amoureux». Il a l’impression d’avoir rajeuni de vingt ans dans sa tête mais sexuellement, «c’est terrible». Au mieux, il a une érection suffisamment rigide pour permettre la pénétration mais qui «retombe» très vite sans éjaculation, au bout de quelques va et viens.

Au pire, il n’a qu’une «érection molle» qui le laisse «sur le pas de la porte».

Il ne comprend pas ce qui lui arrive et enrage de constater que son corps échappe à sa volonté. Il se souvient avoir eu une fois des problèmes d’érection, à 18 ans, avec sa première petite amie, dont il était très amoureux, au début de leur relation. Cela s’était rapidement arrangé quand le fait de découvrir qu’elle non plus n’avait guère d’expérience lui avait redonné confiance en lui.

Franck a un travail stressant dans la finance et sa dernière visite à la médecine du travail a révélé une tension artérielle élevée. Il sait qu’il doit aller voir son médecin généraliste pour voir avec lui si le diagnostic d’hypertension artérielle se confirme et avoir son avis sur la nécessité ou non d’un traitement.

Alaska Bald Eagle

Que dire à Franck ?

Ma première question sera de savoir s’il a toujours des érections nocturnes ou matinales d’aussi bonne qualité que d’habitude. Ce à quoi il me répond que de ce côté-là, pas de problème, mais que ça ne lui sert pas à grand-chose…Malgré tout, ces érections-là sont des érections automatiques sur la qualité desquelles les facteurs psychologiques n’ont aucun effet. Cette question simple permet ainsi d’éliminer une origine physique prédominante.

Je dirai aussi à Franck qu’une bonne érection va d’abord avec une bonne confiance en soi ! Et qu’on peut avoir moins confiance en soi quand on est très amoureux et qu’on a peur du jugement de l’autre. Peut alors survenir une angoisse de performance, de ne pas être à la hauteur de ce que l’on croit que l’autre attend et mérite, puisqu’on a toujours tendance à l’idéaliser les premiers temps. L’angoisse et les troubles de l’érection se majorent réciproquement, diminuent la confiance en soi et engendrent un cercle vicieux dont il va falloir sortir.

D’autant plus que va s’ajouter la crainte d’être rejeté, sentiment insupportable pour celui qui se sent tellement dépendant de l’être aimé !

Je lui dirai aussi que la qualité de l’érection est un peu le baromètre de l’humeur de l’homme et que la dépression n’a jamais amélioré l’érection !

Franck supportant mal de voir sa volonté mise en échec, je lui préciserai que l’érection ne dépend justement pas de la volonté, ni chez lui, ni chez personne. Elle se définit comme un état de rigidité de la verge involontaire, même lorsqu’elle est liée à une stimulation sexuelle et non pas automatique comme celle dont nous avons parlé plus haut.

J’expliquerai à Franck que l’érection est un phénomène neurovasculaire ce qui la rend très dépendante du bon fonctionnement des systèmes nerveux et vasculaire qu’il faut veiller à protéger autant que possible par un mode de vie adéquat.

La qualité de l’érection dépend donc d’abord de celles du système vasculaire (en particulier des artères) et du système nerveux qui commande et module le remplissage sanguin des corps érectiles de la verge pendant l’érection. Des facteurs endocriniens, en particulier une sécrétion suffisante de testostérone, vont aussi jouer un rôle au niveau du cerveau, de la conduction de l’influx nerveux et de la qualité des corps érectiles de la verge.

Certains facteurs, comme l’athérome ou l’hypertension artérielle peuvent finir par  rigidifier les artères. Or celles-ci doivent rester assez souples pour permettre un apport sanguin suffisant à une bonne érection.

Mis à part le stress et ses effets possibles sur la survenue d’une hypertension artérielle, Franck ne présente pas d’autres facteurs de risque vasculaires. Il n’est pas en surpoids et n’a jamais eu de diabète (hyperglycémie) ni d’élévation des lipides ce que je vérifierai par un bilan sanguin.

La testostérone joue aussi un rôle important dans la qualité de l’érection. Hormone sexuelle présente en grande quantité chez l’homme et en petite quantité chez la femme, elle est indispensable à l’apparition du désir sexuel ! C’est pour cela que je demanderai un bilan hormonal qui, par une simple prise de sang, nous permettra de savoir si tout est normal de ce côté-là aussi.

Mais une bonne érection dépend aussi du fait que le désir ne soit pas entravé par des conflits psychologiques en lien avec la relation érotique et affective. L’amie de Franck a vingt ans de moins que lui, ce qui, à côté de l’angoisse de performance déjà évoquée, peut lui donner l’impression qu’il n’est plus tout jeune, et que son corps peut progressivement se mettre à le trahir  !

Toutefois, des troubles de l’érection sont déjà survenus alors que Franck était fort jeune, avec sa première petite amie dont il était très amoureux. On constate donc que, quand il est amoureux, au début au moins, sa virilité est quelque peu inhibée. L’érection permet   une pénetration vaginale que certains hommes craignent parce qu’elle leur semble «  mal  et  susceptible de «  salir  » une partenaire idéalisée.

De plus, «trop» de tendresse peut, chez certains, renvoyer inconsciemment aux relations maternelles de l’enfance et de l’adolescence. Le désir prend alors une coloration «  incestueuse  » qui inhibe l’érection.

Que faire ?

Vérifier, comme nous l’avons dit, l’absence de cause organique aux troubles de l’érection de Franck. L’adresser à son médecin généraliste pour vérifier et traiter son hypertension artérielle. Prendre contact avec celui-ci, si Franck nous y autorise, pour  discuter avec lui des risques d’aggravation des troubles sexuels de Franck par le traitement anti-hypertenseur.

Proposer à Franck des entretiens réguliers et l’adjonction d’un médicament favorisant le maintien de l’érection au cours de l’acte sexuel pour qu’il puisse reprendre peu à peu confiance en lui.

Mis à part le stress et ses effets possibles sur la survenue d’une hypertension artérielle, Franck n’a jamais présenté d’autres facteurs de risque vasculaires à sa connaissance. Il n’est pas en surpoids et n’a jamais eu de diabète (hyperglycémie) ni d’élévation des lipides sanguins ce que je vérifierai par un bilan sanguin.

A-M L


*Les prénoms Franck et Claire sont évidemment fictifs.