Comment surmonter une rupture ?

Marion* a 28 ans et se trouve très désemparée par ce qu’elle est en train de vivre : une rupture brutale qui la plonge en pleine tempête intérieure alors qu’elle avait l’impression de vivre dans un monde quasiment sans nuage.

Il y a 3 mois en effet, alors qu’elle ne s’y attendait pas du tout et que pour elle, « tout allait bien », Stéphane lui a annoncé qu’il allait partir, ayant rencontré quelqu’un d’autre.

Tombant des nues, Marion n’est pas arrivée à croire à ce qu’il lui disait au début. Alors qu’elle pensait l’inverse et se sentait elle-même très satisfaite, il lui a avoué que leurs relations sexuelles ne le comblaient plus depuis longtemps, ni par leur fréquence, « trop faible » à son goût, ni par l’intensité de l’excitation et du plaisir éprouvés par lui.

Ce qui a le plus choqué Marion, c’est qu’il ne lui ait pas fait part de son vécu plus tôt, qu’il ne lui ait pas expliqué ce qu’il ressentait. Brusquement, l’intimité à laquelle elle avait cru lui apparaissait comme un leurre et elle ressentait l’impression de s’être fait avoir.

Les semaines passant, elle se rendait compte aussi qu’elle n’avait plus confiance en ses propres impressions envers les autres, se demandant tout le temps si finalement elle ne se trompait pas sans cesse à propos de ce qu’elle percevait de leurs intentions et émotions.

Au moment du choc de leur rupture, elle a également réalisé à quel point elle était devenue dépendante de Stéphane. Elle avait tellement l’habitude de dormir avec lui, de se retrouver dans ses bras au réveil, de leurs multiples échanges de sms au cours de la journée avant de le revoir le soir, que c’était comme si elle avait perdu une partie d’elle-même. Comment faire maintenant ? Comment se « décentrer » de lui ? Comment accepter l’absence  du Stéphane qu’elle aimait? Et comment surmonter sa déception  envers l’homme qui at pu lui mentir, avoir sa vie en dehors d’elle et ne pas être celui qu’elle croyait ?

Pour l’instant, elle ne cesse de penser à lui.

Concept Roots join separated lovers

Que dire à Marion ?

Qu’elle doit faire un deuil c’est-à-dire accepter progressivement la réalité de la perte de Stéphane, de ce qu’elle avait mis dans leur relation et de ce qu’elle en attendait.

Pour l’instant, elle se sent blessée et même « diminuée », ayant délégué à Stéphane sans s’en apercevoir le maintien de l’équilibre de certains de ses domaines intimes. Par exemple, c’est surtout sur lui et la façon dont il semblait apprécier leur relation, qu’elle comptait pour maintenir une bonne estime d’elle-même et non plus sur ses propres réussites. Les appréciations positives de ses amies sur la qualité de cette relation étaient également devenues plus importantes que celles qu’elles pouvaient faire sur ses avancées propres, professionnelles ou autres.

Tout cela joue un rôle dans le sentiment d’avoir perdu une partie d’elle-même éprouvé par Marion.

Marion va aussi être obligée de « désidéaliser » sa relation avec Stéphane: il y a eu, certes, des moments positifs et l’idéalisation fait habituellement partie des premiers temps du couple mais qu’est-ce-qui a empêché Marion d’en sortir ? Ce besoin d’idéalisation et sa « dépendance » excessive à Stéphane ont dû peser sur leur relation et sur les épaules de Stéphane. Marion ne semble pas du tout en avoir conscience mais je me promets d’y revenir plus tard, sachant qu’un moment opportun d’aborder le sujet devrait se présenter un jour ou l’autre.

Il va donc falloir aider Marion à se réparer en sortant d’une vision binaire de Stéphane et de leur relation, tout n’étant pas blanc ou noir. Plus elle pourra se réparer, plus elle pourra se détacher de sa rancœur à l’égard de Stéphane. Et se détacher aussi de la façon dont leur relation s’est terminée sans pour autant se dévaloriser elle-même.

Elle pourra garder les bons moments de son histoire d’amour sous la forme de souvenirs qui s’intégreront à son passé et lui donneront un sentiment d’enrichissement bien que tout n’ait pas été parfait.

On peut aussi espérer que c’est en comprenant que ce qu’elle en attendait était à la fois trop et pas toujours adapté qu’elle pourra se « recentrer » sur elle. Et ne pas recommencer la même erreur avec quelqu’un d’autre.

Que faire ?

À mon avis, deux choses au cours de cette première consultation :

1) Avoir une idée des événements de sa vie qui peuvent avoir rendu Marion particulièrement sensible aux séparations.

J’en trouverai deux : la séparation de ses parents à l’âge de 3 ans, redoublée par celle de sa mère et de son beau-père non suivie du maintien du lien à ce beau-père à qui elle était très attachée, son père ayant complètement disparu.

Le décès d’une grand-mère maternelle adorée à l’âge de 16 ans, des suites d’un accident de la voie publique sans que l’on retrouve jamais le chauffard coupable de sa mort.

2) Rechercher des signes dépressifs car elle me dit qu’elle trouve très difficile de se lever le matin et qu’elle « manque d’énergie ».

Par exemple, a-t-elle remarqué des changements au niveau du sommeil ou de l’appétit ? Non, me dit-elle. Elle n’a pas eu non plus d’idée suicidaire ni maintenant ni jamais. Mis à part des difficultés à se projeter dans l’avenir et ces variations diurnes de son énergie, je ne trouve rien de véritablement probant en faveur d’un authentique syndrome dépressif. Je décide donc simplement de garder en tête qu’il pourrait en apparaître un au fil du temps.

Sans oublier que le risque d’apparition d’un syndrome dépressif sera inversement proportionnel à la qualité du deuil qu’elle pourra faire. Et que le deuil a besoin de temps pour s’accomplir et que ce temps est incompressible. Cela dit, il est différent pour chacun.

A-M L


*Le prénom Marion est évidemment fictif.