Addictions sexuelles : porno, prostituées, comment ralentir ?

Nolan* a 30 ans et souffre d’une addiction sexuelle aux sites pornographiques payants et aux prostituées.

Lorsqu’il consulte pour la première fois, sa compagne vient de le quitter et ses arrivées tardives au travail lui ont valu quelques réflexions bien senties de la part de son chef.

Pourtant, son travail est apprécié et son mariage était programmé 6 mois plus tard.

Il était – et est encore – très amoureux de son amie qui partageait ses sentiments.

Et puis, tout s’est écroulé ! Il est triste et en colère contre lui-même, sachant fort bien qu’il jouait au funambule depuis bien longtemps…

En effet, sa compagne a découvert par hasard qu’il n’avait plus le moindre centime de l’argent donné par ses parents pour contribuer aux frais du mariage. L’explication qui s’ensuivit fut douloureuse pour tous les deux. Nolan avoua que, depuis le début de leur relation, il n’avait jamais cessé de fréquenter des prostituées. Pourtant, il tentait toujours  de résister à ses envies qui devenaient 9 fois sur 10 irrépressibles sans qu’il comprenne pourquoi.

Quant à ses retards répétés au travail, ils sont dus à ses visites sur des sites pornographiques payants sur lesquels il se rendait le matin après le départ de Maud. Il y est devenu complètement accroc. Leur fréquentation répétée a, elle aussi, fini par plomber son budget malgré un salaire plutôt élevé.

Il a donc finalement décidé de tout dire à Maud, avec les conséquences que nous connaissons.

Ses parents se sont séparés quand il avait 3 ans, après la découverte par sa mère de la  double vie de son père. Dès lors, il n’a pratiquement plus vu son père, sa mère s’y opposant et son père se désintéressant rapidement de lui. Nolan a été informé de sa mort il y a quelques années déjà et n’a pas souhaité se rendre aux obsèques.

Nolan ne s’est jamais entendu avec sa mère, qu’il trouve possessive et intrusive. Enfant, il était timide et en retrait. Maintenant encore, il a peu d’amis.

Sa sexualité addictive lui donnait du plaisir, certes, mais lui servait aussi à avoir «un jardin secret», quelque chose qui n’appartenait qu’à lui et qu’il ne partageait avec personne. En effet, Nolan a du mal à préserver son intimité. Avec Maud, il vivait dans une forte dépendance affective, craignant sans cesse de perdre son amour et ne pouvant pas imaginer ce qu’il deviendrait sans elle. Finalement, de ce point de vue-là, la rupture est presqu’un soulagement…

porn addiction

Que dire à Nolan et que rechercher ?

  • Tout d’abord, le rassurer : il n’est pas seul à avoir des comportements sexuels addictifs. Certaines études évaluent à 50 millions le nombre d’individus qui en souffrent en Occident (Amérique du Nord et Europe) soit 3% à 6% de la population de ces pays.
  • Ensuite, mettre des mots sur ses comportements : il ne s’agit pas d’hypersexualité. Si c’était le cas, la grande fréquence des relations sexuelles s’accompagnerait d’une recherche érotique, d’imagination et de tendresse, bien différentes de la répétition obsessionnelle qui prévaut chez Nolan.

Il s’agit d’addiction sexuelle marquée par des comportements impulsifs et compulsifs   dont la répétition a des conséquences néfastes sur sa vie professionnelle et conjugale.

  • Enfin, rechercher des éléments dépressifs et éliminer un risque suicidaire immédiat, possible chez cet homme peu entouré du point de vue affectif.

Que faire ?

Les deux piliers de l’aide que l’on peut proposer à Nolan seront essentiellemenla psychothérapie (analytique et/ou cognitivo-comportementale) qui peut être associée à certains médicaments antidépresseurs (Inhibiteurs Spécifiques de la Recapture de la Sérotonine ou ISRS) utilisés aussi pour réduire les comportements compulsifs.

La psychothérapie analytique a pour objectif à terme de diminuer la dépendance affective et de permettre l’existence d’une intimité non culpabilisée.

Les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC) utilisent différentes techniques.  Celles-ci vont permettre, après une évaluation très détaillée du comportement addictif, d’en réduire l’occurrence, d’en limiter la durée avant de le faire progressivement disparaître. Parallèlement, elles favoriseront la reprise d’une vie sexuelle plus épanouissante.

Nous avons vu que Nolan, élevé dans une famille quasi-monoparentale depuis le départ de son père, n’avait pas réussi à faire l’expérience d’un attachement sécure. Abandon du père ? Relation trop fusionnelle avec sa mère du fait de l’absence de tiers susceptible de réintroduire une distance suffisante entre Nolan et sa mère ? Quelles qu’en soient les raisons, Nolan n’a pas pu s’affranchir d’une dépendance affective qu’il a retrouvée avec sa compagne et qui ampute sa confiance en lui. Cette dépendance était d’autant plus envahissante qu’il était amoureux et ne pouvait imaginer vivre sans elle. Pour y échapper, il a fait ce que l’on retrouve dans toutes les addictions: investir un objet externe, source de sensations (drogue, aliments, comportements…). Dans l’addiction sexuelle, il s’agit de l’investissement de l’acte sexuel lui-même mais un investissement déshumanisé, sans affect, effectué avec un autre interchangeable. En recourant à cette source d’excitation externe, Nolan tente de prendre une autonomie et de trouver le sentiment d’exister.

Comme s’il ne pouvait trouver son identité et ses limites que dans des comportements compulsifs potentiellement néfastes pour ses liens affectifs les plus importants.

Signalons qu’il existe aussi des groupes d’entraide inspirés des réunions des Alcooliques Anonymes.

A-M L


*Les prénoms Nolan et Maud sont évidemment fictifs.