Addiction à l’alcool : comment se sevrer ?

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Romain*, la quarantaine, ingénieur en informatique dans une SSII, vient consulter à la demande de sa femme. Elle l’a prévenu que seul un sevrage de son addiction à l’alcool pourrait encore préserver leur couple.

Ils sont mariés depuis dix ans et ont deux garçons, de 10 et 14 ans.

Le problème de l’alcool a toujours été présent et existait avant leur rencontre mais il s’est beaucoup aggravé ces trois dernières années, après que l’un de ses collègues a été nommé au poste que lui-même convoitait depuis longtemps. Il faut dire que, déjà à ce moment-là, il sentait une diminution de sa capacité de concentration au travail et savait qu’elle était due à sa prise excessive d’alcool. Il passe ainsi de plus en plus de temps à essayer de se remettre des effets de l’alcool tout en cherchant à la fois comment arriver à être abstinent et à prendre en cachette son premier verre.

D’autre part, le couple a appris un an plus tard que leur plus jeune enfant souffrirait d’un trouble du spectre autistique, ce qui les inquiète bien sûr beaucoup.

C’est à peu près à ce moment-là que Romain a commencé à boire de plus en plus tôt dans la journée et en quantité de plus en plus importante. Il y a trois ans encore, il ne buvait que le soir en rentrant du travail et essentiellement du vin rouge.

Maintenant, il boit dès le matin et est passé à des alcools forts comme la vodka ou le rhum. Depuis quelque temps, il lui arrive d’avoir les doigts qui tremblent au réveil. Il traite ces tremblements avec une consommation de boissons alcoolisées tout au long de la journée, ce qui revient à créer et entretenir un véritable cercle vicieux qui empire de jour en jour.

Que dire à Romain ?

Je rechercherai des antécédents familiaux de dépendance à l’alcool que je retrouverai facilement chez son père et son grand-père paternel.

Je lui demanderai s’il existe ou s’il a existé d’autres addictions au cours de sa vie. Il m’expliquera qu’à l’Université, il fumait du cannabis au moins le week-end et sniffait de la cocaïne de « façon festive ». Il n’a pas d’addiction au tabac, n’a jamais pris de médicament ni d’autres drogues.

Il n’a jamais eu de convulsions ni de confusion mentale en rapport avec la prise ou l’arrêt de l’alcool.

Les bilans cliniques et biologiques effectués par son médecin traitant montrent un impact cardio-vasculaire, hépatique et neurologique marqués mais habituels dans un tel contexte. Bien orienté dans le temps et dans l’espace, il n’a pas d’hallucination. Malgré l’absence de trouble de la mémoire, on sent une réduction de son attention et de sa concentration.

Il n’a pas bu depuis hier soir et, bien qu’il ne soit qu’onze heures du matin, Romain est en sueurs et dans un état de grande anxiété, ne tenant littéralement pas en place. Il se plaint aussi d’insomnies très fréquentes et de nausées récurrentes. Par ailleurs, son discours est cohérent et l’on sent chez lui un désir sincère de coopérer.

Man alcohol addicted feeling bad , color filter added

Que faire ?

Expliquer à Romain que son intoxication à l’alcool est grave.

Dans les pays anglophones, on appelle les principaux symptômes de sevrage en alcool les 4 S : Sleep problems (insomnies), Sweats (sueurs), Stomach problems (problèmes d’estomac), Shakes (tremblements).

Une douzaine d’heures après l’arrêt de l’alcool, Romain présente donc la plupart des signes de sevrage habituels, marquant l’importance de sa dépendance physique à celui-ci. Sachant que le pic d’intensité des symptômes de sevrage survient en général 24 à 48 heures après le dernier verre, je pense qu’il faut convaincre Romain d’être très prudent pour éviter les deux complications majeures du sevrage qui sont :

  • le 5ème S : Seizures (crises d’épilepsie généralisées), qu’il est important d’éviter car leur retentissement somatique peut être grave. Ces crises convulsives surviennent en majorité 17 à 24h après la dernière prise d’alcool
  • les états confusionnels avec désorientation temporo-spatiale, une fluctuation de la conscience et une hyperactivité sévère du Système Nerveux Autonome. Les patients les plus à risque sont ceux qui présentent une consommation d’alcool ancienne et importante (comme Romain) et ceux qui souffrent d’une affection médicale grave.

 

Je ne peux donc que lui conseiller fortement d’être hospitalisé quelques jours pour une surveillance attentive de son sevrage qui devrait ainsi se dérouler au mieux.

Je dirai également à Romain que le sevrage n’est que la première partie du chemin sur lequel il s’engage.

Depuis longtemps, il boit beaucoup en dépit de ses efforts pour arrêter. Et il a continué malgré les conséquences conjugales et professionnelles éminemment néfastes qu’il connait, ainsi que les conséquences qu’il peut observer sur sa santé et sur certains de ses comportements.

La 2ème étape du chemin vers une abstinence prolongée passe donc par des changements d’investissement. Elle devra aboutir à une prise de conscience de ce qui compte réellement pour lui à savoir d’être entouré par les personnes qu’il aime et qu’il a choisies. Il devra ainsi accepter la peur que cela engendre chez lui parce qu’il ne maîtrise pas ses relations affectives comme il a l’impression de maîtriser sa relation à l’alcool.

En même temps, il devra donc apprendre à se tourner vers ce qui est bon pour lui et à abandonner ce qui ne l’est pas.

Je lui proposerai donc un accompagnement dans la durée qui, il faut le savoir, sera vraisemblablement émaillé de quelques rechutes qu’il ne faudra ni dramatiser ni banaliser.

A-M L


*Le prénom Romain est évidemment fictif.