Éjaculation précoce : s’enflammer trop vite ?

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Erwan*, la quarantaine, vient consulter pour un problème d’éjaculation précoce encore appelée « prématurée » ou « rapide » qui a toujours existé mais qui s’est récemment aggravé. Son angoisse de l’échec (ne pas «tenir» assez longtemps pour que sa compagne ait du plaisir) a fini par entraîner une diminution de son désir et la fréquence des relations sexuelles du couple est quasiment nulle depuis un an. D’autant plus que, lorsqu’il lui arrive d’avoir du désir, il perd son érection avant la pénétration ou au tout début de l’acte, obsédé par la crainte d’éjaculer trop tôt et d’être à nouveau confronté à un échec. Il se sent de plus en plus découragé, ayant l’impression de ne pas pouvoir contrôler ce qui se passe.

Ce sentiment d’incapacité se retrouve aussi depuis plusieurs mois dans le domaine professionnel. Il est concomitant d’une promotion très attendue par Erwan qui se décrit comme ayant été jusque là un homme ambitieux et passionné par son travail.

Sa compagne, Caroline, âgée de 35 ans, se plaint de plus en plus de leur situation : elle se sent frustrée, privée de plaisir partagé et craint aussi qu’ils ne puissent pas mener à bien leur projet d’enfant dans ces conditions.

Erwan se sent coupable, frustré lui aussi, ne comprenant pas pourquoi il n’arrive plus à faire l’amour avec la femme dont il est amoureux et avec laquelle il voudrait faire sa vie.

Et, bien sûr, il se demande s’il est possible de changer cela et comment.

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Que dire et que proposer à Erwan ?

Tout d’abord que l’éjaculation prématurée peut toucher tous les hommes, à un moment ou à un autre de leur vie sexuelle et qu’elle existe de façon persistante chez environ 30% d’entre eux. Il est donc loin d’être le seul dans sa situation.

De plus, sur le plan biologique, l’homme serait programmé pour éjaculer en 2 à 3 minutes et, jusqu’à l’arrivée de la pilule contraceptive, rapidité de l’éjaculation et virilité étaient confondues, la visée de l’acte sexuel étant procréatrice.

La possibilité d’une contraception sûre et maîtrisée par la femme a changé la position de celle-ci dans le couple. Le but de l’acte sexuel n’est plus la procréation mais le plaisir, obligeant l’homme à adapter son comportement sexuel à ces nouvelles données.

L’homme d’aujourd’hui peut avoir le sentiment que sa virilité se mesure  à la qualité et à la quantité (nombre d’orgasmes) du plaisir qu’il apporte à sa partenaire. Une pénétration, et donc une érection, de durée « suffisante », à savoir assez longue pour que la femme ait du plaisir, est ainsi nécessaire pour que l’homme ait confiance en sa virilité. Or, le plaisir de la femme est en général plus long à survenir que celui de l’homme. De plus, ce temps est variable selon les femmes. L’homme va donc devoir faire preuve de facultés d’adaptation qui auraient surpris son père et son grand-père, à l’époque desquels on ne parlait guère d’éjaculation prématurée !

Ce que je ne comprends pas, me dit Erwan, c’est que ça ne touche malgré tout pas tous les hommes. Alors quelles sont les causes de mon problème ? Je me rends compte que c’est quelque chose qui a toujours existé mais de façon moins fréquente et moins intense. Avec Caroline, que j’aime et qui m’aime, je devrais me détendre, ça devrait aller mieux et pourtant c’est dix fois pire !

Je réponds à Erwan que justement, Caroline est tellement importante pour lui qu’il est plus stressé et plus angoissé que jamais de ne pas être à la hauteur. A la hauteur de l’homme sans faille qu’il voudrait être, à la hauteur de celui qu’il pense que Caroline souhaite et enfin, à la hauteur et même plus, des hommes qu’elle a pu connaître avant lui.

Or, le stress accélère toujours l’éjaculation. Et la trop grande rapidité de l’éjaculation augmente le stress. D’où la création d’un cercle vicieux sans cesse auto-entretenu.

Erwan a déjà consulté son médecin généraliste et un urologue qui ont éliminé des causes physiques de l’éjaculation précoce telles que malformation du canal rachidien, phimosis ou frein court, inflammation prostatique.

L’aggravation récente de ses troubles me pousse à vérifier l’absence de signe biologique d’hyperthyroïdie, cause toujours possible d’éjaculation prématurée.

Et maintenant, que faire ?

Je précise à Erwan que l’on considère maintenant l’éjaculation précoce comme un problème d’intensité de l’excitation et non plus de durée. Ce qui est en cause c’est son hyperexcitabilité et son hyperémotivité.

J’explique à Erwan que je souhaite lui prescrire un médicament qui, en augmentant le taux de sérotonine (un neuromédiateur cérébral), retarde l’éjaculation. Ce médicament est aussi utilisé comme antidépresseur ce qui, à mon avis, devrait également permettre à Erwan de retrouver une vision des choses plus optimiste. De plus, en retardant l’éjaculation, il peut aider à mieux percevoir les signaux qui la précèdent et à retrouver un meilleur contrôle sur elle, en même temps qu’une meilleure image de soi. Ces effets positifs peuvent aussi concourir à casser le cercle vicieux développé plus haut entre anxiété, stress et éjaculation prématurée.

Je propose de lui prescrire également un autre médicament utilisé en cas de troubles érectiles (IPDE5). Ce médicament, indiqué dans les troubles de l’érection, y compris s’ils sont consécutifs à une éjaculation prématurée, peut aussi compenser les effets parfois négatifs sur l’érection de l’antidépresseur prescrit pour retarder l’éjaculation.

Ils auraient aussi l’avantage de raccourcir la période réfractaire entre deux rapports sexuels , permettant un second rapport sexuel où le délai avant éjaculation serait plus long.

En complément de ces prescriptions, je lui demande d’augmenter le temps des préliminaires et de pratiquer « l’amour au ralenti »(Philippe Brenot) : pénétration sans bouger ou avec au maximum un mouvement toutes les 2 ou 3 secondes. J’insiste sur le fait qu’il est important de travailler sur le contrôle de l’excitation en laissant un peu l’éjaculation de côté…

J’ai aussi noté la réaction d’Erwan à sa promotion professionnelle : au lieu d’augmenter sa confiance en lui, elle semble, là encore, avoir surtout accru son angoisse de performance en lui faisant craindre de ne pas être à la hauteur des attentes à son égard.

Des techniques psychothérapiques cognitives visant à améliorer ses représentations mentales et ses croyances négatives pourraient l’aider à améliorer son image de soi.

Et si ceci ne suffisait pas, nous parlerons à la prochaine consultation de deux autres techniques comportementales : celle du squeeze et celle du Stop-Go

Sans compter trois autres techniques psychologiques : la relaxation, la sophrologie et l’hypnose…

A-M L


* Le prénom Erwan est évidemment fictif.