Conduites à risque : origines et traitement

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Adèle*, 26 ans, Community Manager, vient me consulter à la demande de son médecin généraliste à la suite de conduites impulsives inquiétantes. Au moins deux fois par semaine : elle prend sa voiture en état d’ivresse et n’a aucun souvenir le lendemain matin de ce qu’elle a pu faire pendant la nuit précédente. Il lui est arrivé plusieurs fois de se réveiller en fin de nuit, au volant de sa voiture, portière ouverte, jupe relevée ou pantalon défait. Ces ivresses ont un retentissement professionnel par absentéisme le lendemain.

Pendant qu’elle m’explique ce qui l’inquiète, elle me semble nerveuse, très engagée dans l’échange verbal, hyper-expressive, parlant très fort. Elle a, par bribes, un discours très infantile. Par exemple, elle parle de sa « maman » avec laquelle elle décrit une relation idyllique.

Elle a subi, il y a un an, une rupture sentimentale dont elle n’a pas fait le deuil, espérant toujours reconquérir son bien-aimé. La conduite de son véhicule en état d’ivresse a commencé après cette séparation.

À propos de sa famille d’origine, Adèle expose une relation très fusionnelle à sa mère, qui est très idéalisée. Elle insiste aussi sur la relation » idyllique » entretenue avec une de ses sœurs, mariée, à laquelle elle téléphone au moins une fois par jour et à qui elle doit dire bonsoir avant d’aller se coucher, selon un rituel fixe, sachant que sinon, elle n’arrivera pas à s’endormir.

Elle est obsédée par son poids, se trouvant trop grosse, bien qu’elle soit mince (IMC à 20). Elle présente, depuis son adolescence, des crises d’hyperphagie, qui sont devenues de plus en plus fréquentes depuis sa rupture. Elle tente d’en compenser les effets potentiels sur sa ligne par des vomissements et des prises de laxatifs.

Elle se plaint d’une grande variabilité de l’humeur, sensible aux éléments relationnels, en particulier avec sa famille ou ses copines les plus proches.

Pour les épisodes d’ivresse aiguë, elle dira peu de choses : simplement qu’elle perd le contrôle de la prise d’alcool une fois qu’elle a dépassé l’ingestion d’une certaine quantité. L’alcool lui permet de ne plus penser à son ex-copain, sans qu’elle arrive à dégager une véritable intentionnalité dans son comportement qui, à jeun, lui fait peur.

Au fil de l’entretien, j’apprendrai aussi, qu’en fait, sa mère maltraitait physiquement ses enfants, elle-même ayant été maltraitée. Adèle a été très choquée d’apprendre à l’adolescence qu’il y avait eu des relations incestueuses entre son grand-père maternel et sa mère. Elle admirait en effet beaucoup ce grand-père qui lui semblait « avoir fière allure ».

Elle parle aussi de la violence existant dans sa propre fratrie : son frère, de 4 ans son aîné, lui a cassé un bras en se disputant avec elle, quand elle avait entre 6 et 8 ans.

Que puis-je faire pour arrêter de boire et de faire n’importe quoi quand j’ai trop bu ? me demande enfin Adèle, les larmes aux yeux.

Je réponds à Adèle qu’il me semble très difficile de grandir et de devenir adulte dans sa famille. En effet, cela implique de pouvoir renoncer à l’image idéalisée que l’on avait de ses parents pendant son enfance. Cela veut dire aussi traverser l’adolescence, pendant laquelle on a tendance à « sexualiser » toutes les relations, sans avoir trop peur d’avoir des comportements déplacés envers les adultes de son entourage (les parents en particulier) ou qu’ils en aient envers soi-même. Trouver sa place de femme adulte implique donc que nos parents aient trouvé leur place d’homme ou de femme et de père ou de mère. Or, entre les « abus » et la maltraitance subie et exercée par sa mère, on remarque que l’intégration de limites permettant de se sentir en confiance est difficile. D’où, sans doute, le besoin d’idéalisation d’Adèle, qu’il s’exerce sur l’image de sa mère ou sur celle de son ex-copain.

Woman jumps from a high rock

Que faire ?

Proposer à Adèle plusieurs entretiens de façon à l’aider à reprendre le contrôle de ses comportements envers l’alcool qu’on peut qualifier de « conduites à risque » aussi bien sur le plan social (ne risque-t-elle pas, un jour, de souffrir de son retentissement professionnel ?) que physique ou psychologique.

Elle n’a aucune idée de l’intentionnalité de ses comportements. Il faut donc la conduire à se représenter progressivement ce que l’alcool l’aide, justement, à mettre hors de sa pensée. Entre autres, des sentiments agressifs qu’elle peut ressentir à l’égard des êtres chers de son entourage et qu’elle se dissimule. En notant que ses comportements à risque sont apparus avec l’impossibilité de faire son deuil d’une relation importante pour elle et, également, très idéalisée.

A-M L


*Le prénom Adèle est évidemment fictif.