Vaginisme : comment faire tomber le mur ?

« Je suis allée voir sur Internet et je crois que je souffre de vaginisme » me dit Karine* en s’asseyant en face de moi.

Karine a 20 ans et il y a déjà plusieurs années qu’elle s’est rendu compte qu’elle avait des difficultés avec la pénétration vaginale. « Que ce soit un tampon ou un doigt, c’est déjà impossible : je ne peux pas le faire rentrer, j’ai trop mal. Un examen gynécologique « complet » (avec un speculum) aussi. »

Elle poursuit : « Je suis avec mon copain actuel depuis mes dix-huit ans. Il a été extrêmement patient, et moi aussi, d’ailleurs ! Nous avons compris que nous n’y arriverions pas en insistant et nous nous sommes limités aux caresses. J’aimerais être enfin normale, arrêter d’être angoissée par la pénétration. J’ai l’impression que mon corps ne m’appartient pas vraiment quand je sens mes muscles se contracter et former comme un mur à l’entrée de mon vagin. »

3d rendering cracked earth abstract background with volume light rays. Cracked concrete earth abstract background.

Que dire ?

Le vaginisme, c’est en effet une contraction involontaire des muscles périnéaux, c’est-à-dire des muscles qui entourent l’ouverture du vagin.

Karine a toujours eu peur de la pénétration, sans très bien savoir pourquoi. Une éducation trop rigide ? Non, dit Karine. « Mes parents s’adorent et sont très cool. En revanche,, il y a une histoire glauque dans la famille dont j’ai entendu ma mère et ma grand-mère parler ensemble. Je crois que c’est une de mes tantes qui a été abusée par un voisin. Mes grands-parents n’ont pas voulu porter plainte car ils vivaient dans un petit village et avaient peur que cela ne fasse du tort à ma tante. Elle s’est ensuite brouillée avec eux et ma grand-mère en a été très triste. »

Je l’interroge : « Et vous ? Que pensez-vous de la réaction de vos grands-parents ? Et de la brouille de votre tante avec eux ? »

Karine m’avoue ne pas savoir très bien quoi en penser avec un air gêné. Elle explique :

 « D’après ce que j’ai compris, les habitudes étaient différentes à cette époque-là et on portait plainte moins facilement que maintenant.»

Ensuite, je la conduis à s’interroger sur sa propre connaissance de son corps et de ses organes génitaux. Les connaît-elle bien ? Les a-t-elle déjà regardés dans une glace ?

Elle me répond : « Non, je n’ai jamais osé. Je ne sais pas pourquoi, j’avais l’impression de faire quelque chose d’interdit. Mais j’ai toujours imaginé qu’un pénis en érection était très gros et trop long par rapport à mon vagin. »

En écoutant son raisonnement, je comprends qu’elle ait peur d’avoir mal au moment de la pénétration et je la conduis à réaliser qu’en se représentant les organes génitaux de cette façon, cette peur était inévitable.

« Oui, c’est vrai, j’ai toujours eu une peur terrible de souffrir pendant l’acte même si ce que je lisais ou ce que mes copines disaient auraient dû me rassurer. »

Que faire ?

Adresser Karine à une gynécologue qui vérifiera – sans spéculum – l’absence d’anomalie physique repérable à l’œil nu.

Ensuite, l’objectif du traitement sera de rétablir une bonne fonctionnalité vaginale en agissant à 2 niveaux essentiels :

  • Celui du corps : par le repérage des muscles périnéaux et de leurs fonctions pour en reprendre le contrôle et bien prendre conscience des tensions musculaires qui posent problème.

Cette rééducation périnéale, par un kinésithérapeute qui a l’habitude de faire travailler les muscles de cette zone, est d’une grande aide. En début de traitement, il améliorera aussi les connaissances sur l’anatomie et la sexualité féminines et, plus tard, les sensations agréables lors de la pénétration.

Ces séances de kinésithérapie participent ainsi à l’abolition du cercle vicieux : crainte d’avoir mal – contraction involontaire des muscles périnéaux – douleurs.

  • Celui de la pensée : par la création de cognitions et d’émotions positives à propos de la pénétration, les entretiens psychothérapeutiques individuels permettront aussi de diminuer la charge émotionnelle négative liée à la pénétration. La peur diminuera en même temps que la tension musculaire et la douleur. Karine pourra peu à peu prendre de la distance avec l’angoisse qui l’envahissait lorsqu’elle était confrontée à ce qu’elle ressentait comme une « menace » de pénétration jusqu’à présent.

Karine et son compagnon ayant un lien de confiance, la participation de celui-ci aux « progrès » de sa compagne, par l’intermédiaire d’entretiens en couple, tous les mois par exemple, peut être un atout non négligeable.

 

A-M L


*Le prénom Karine est évidemment fictif.