J’ai plus de désir que mon compagnon et je ne comprends pas pourquoi

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Caroline* a 30 ans et travaille dans la communication après avoir fait une grande École de Commerce. Elle réussit bien professionnellement mais se pose beaucoup de questions sur ce qu’est la féminité depuis qu’elle est amoureuse de Laurent, 30 ans aussi, artiste peintre désargenté.

Ils vivent ensemble depuis un an. Caroline n’imaginait pas que sa libido surpasserait de loin celle de son compagnon. La vie de couple a, en effet, accentué leur asymétrie dans ce domaine.

Caroline m’explique qu’elle se sent frustrée et, par moments, se demande si le peu d’intensité du désir de Laurent ne reflète pas des sentiments amoureux en berne eux aussi. Elle poursuit : « J’ai l’impression de ne pas pouvoir me laisser aller sexuellement avec lui, qu’agir ainsi serait me mettre en « position dominante ». Je ne veux pas être un « homme manqué », je veux être une femme comblée. Quand j’étais petite, ma mère me disait justement que j’étais « un vrai garçon manqué » et cette affirmation me rendait folle ! »

« Quand nous avons parlé de nos difficultés sexuelles, Laurent et moi, il m’a dit qu’il se sentait coupable de ne pas pouvoir me satisfaire comme il l’aimerait. Le problème, c’est que je me rends compte qu’il se sent soumis à une pression avec mes demandes répétées qui sont tout sauf érotiques pour lui. Et que moins ça marche de ce point de vue-là, plus je demande, et moins il a envie, ce qui est exactement l’inverse de ce que je voudrais.

Sur le plan professionnel, aussi, Caroline est plus entreprenante, ambitieuse et «agressive » que Laurent. Elle veut réussir, gagner de l’argent et grimper les échelons vers le succès. Lui veut avoir du plaisir dans ce qu’il fait et, si possible, un jour, être reconnu par les gens qu’il admire dans son milieu.

Parfois, Caroline se sent coupable de ses réussites professionnelles par rapport à Laurent qui a tendance à ne jamais se mettre en avant devant leurs amis, au contraire.

Equality concept

Que dire ?

La façon dont Caroline me décrit Laurent et tout ce qui les oppose me fait me demander finalement ce qui les a amenés à tomber amoureux et à vivre ensemble. Quel écho la problématique de chacun d’eux trouve-t-elle en l’autre ?

Fait-elle naître un sentiment de familiarité qui les rapproche ? Pourquoi, si c’était si important pour elle, Caroline n’a-t-elle pas choisi un homme qui affirmerait sa virilité par l’intensité de son désir sexuel et, non pas dans la multiplicité de ses œuvres artistiques ?

Je décide d’en savoir un peu plus sur le passé familial et amoureux de Caroline.

– Avez-vous toujours ressenti la même chose avec vos ex-copains ?

– Non, me répond Caroline, mais cette fois-ci je suis vraiment amoureuse !

Caroline me donne ensuite quelques précisions sur le fonctionnement de sa famille d’origine.
Ses parents ont divorcé quand elle était encore bébé (elle avait environ 6 mois).

Elle a un frère de 3 ans plus âgé, qui lui a toujours semblé être le préféré de ses deux parents. En effet, lui a été conçu par amour et non pas dans l’espoir de faire remarcher leur couple.

Cette séparation de ses parents, peu de temps après sa naissance, ne lui a pas permis de créer un lien véritable avec son père : elle ne l’a jamais vu régulièrement du fait de son éloignement géographique et ne le voit plus depuis des années.

Le fait d’avoir besoin de preuves répétées du désir de l’homme qu’elle aime, a -t-il à voir avec cette carence ancienne ? L’expression de la légitimité supposée de son frère ne traduit-elle pas une jalousie bien ancrée ?

On peut imaginer aussi que Caroline a « choisi » un homme qui ne rentre pas dans le rapport de force qui pourrait exister avec d’autres, à savoir « qui a le plus de désir des deux » ? Une remarque de Caroline me semble significative à cet égard. Elle me dit, en effet : « il veut toujours avoir raison et il dit que je veux toujours avoir le dernier mot ».

Que faire ?

Arrivant ainsi à la fin de notre premier entretien, Caroline, brusquement angoissée, me confie qu’elle pense devoir apprendre des choses sur la féminité et que c’est pour ça qu’elle a choisi de consulter un psychiatre-femme.

J’imagine alors qu’elle peut craindre d’inhiber le désir de Laurent par la fréquence de ses demandes sexuelles. Je pense qu’il faut l’aider à comprendre que trop d’admiration peut tuer le désir et que c’est peut-être le cas de Laurent, en face d’elle qui réussit si bien professionnellement, contrairement à lui.

Je pense qu’il est nécessaire aussi d’aider Caroline à réfléchir sur les raisons de son choix amoureux. Cela lui permettra de se rendre compte que le désir trop faible de Laurent peut être la conséquence de son idéalisation et non une marque de désintérêt à son égard. Cette prise de conscience pourra diminuer la frustration de Caroline ainsi que son besoin de vérifier sans cesse qu’elle est désirable en multipliant envers Laurent des demandes sexuelles qui augmentent son retrait.

Je lui propose de reprendre RDV pour que nous puissions continuer à réfléchir à ce qu’elle m’a dit et à la façon de sortir du cercle vicieux qui s’est instauré entre Laurent et elle.

J’aimerais aussi aborder avec elle à une autre question : comment faire de ces différences qui, dans un premier temps, nous éloignent, une source d’enrichissement mutuel et de désir réciproque ?

A-M L


*Le prénom Caroline est évidemment fictif.